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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Danse noire-Nancy Huston

Danse noire-Nancy Huston

"C'est ça le principal. Etre fiable. rester auprès de ceux qui comptent pour toi. Le pire crime n'est pas de voler, Milo. Si ça l'était, tous nos chefs politiques seraient derrière les barreaux. Le pire crime c'est la trahison, car c'est un crime contre sa propre âme."

Dans ce roman, Nancy Huston met en scène la vie de Milo Noirlac, scénariste accompli, qui se meurt de la maladie de 20ème siècle, le sida. A son chevet, son amant, Paul Scharwz , réalisateur, les deux hommes écrivent le scénario du film, un film bien moins lumineux que le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jeunet. Un scénario, truffé d’artifices cinématographiques, qui se décline en trois fils narratifs pour raconter sur trois générations la vie des Noirlac.

Milo, n'a pas connu ses parents, fils d'Awanita, une prostituée et de Declan Noirlac, il est balloté de famille d'accueil en famille d'accueil avant d'être recueilli par son grand-père Neil, dans la ferme familiale. Si Milo devient le protégé de Neil, il peine à trouver une stabilité au sein de ce foyer, Milo se cherche, cherche sa mère. Et derrière ce personnage assez sombre, c'est la question de l'identité qui se pose à travers ce personnage. Identité qu'il trouvera lors d'un voyage au Brésil, en pratiquant la Capoeira, un apaisement salutaire pour ce personnage.

Le deuxième fil conducteur est celui d'Awanita, jeune femme, indienne, très vite j'ai compris que ce personnage resterai nébuleux.

Le lecteur est pris dans un huis clos avec elle dans sa chambre, il ne peut échapper à la condition de cette femme, qui semble voir son unique salut tantôt dans l'héroïne tantôt dans cette relation avec Declan Noirlac, le fils cadet de Neil, Monsieur le détachant comme elle l'appelle.

Derrière sa condition de prostituée, d'où elle vient, qui elle est, Awanita transcende par sa volonté de survivre, elle parle dans un dialecte indien, mélange les mots, les langues. Awanita survit comme elle le peut pour donner la vie, et c'est là toute la beauté de ce personnage, pas besoin de parler la même langue pour comprendre que dans cette lutte pour la survie, Awanita va devoir lutter plus que les autres, ce langage là reste universelle, il se passe de mots.

Neil Kerrigan, est le grand père de Milo, émigré d’Irlande au Québec. Sa vie très remplie, est le troisième fil conducteur. Alors avocat, lors des évènements de 1916, qui plonge l’Irlande dans le chaos entre les indépendantistes Irlandais et les Anglais, il prend fait et cause pour l’indépendance, échappe de peu à l’exécution des seize leaders irlandais, et se voit retirer l’exercice de sa profession d’avocat.

Neil se rêvait poète comme Yeats; le voilà contraint à l'exil pour le Québec. Le portrait de Neil reste le plus éloquent-peut être celui que j'ai préféré-tant il traduit les intentions de la romancière à évoquer le déracinement d’un exilé, contraint de vivre ailleurs, d'apprendre, une nouvelle langue, sans renier ses racines profondes. Neil, devient canadien, mais reste "viscéralement" irlandais , au final il ne deviendra jamais cet homme de lettres, comme anéanti de l'intérieur, trouvant refuge dans les livres de sa bibliothèque, qu'il a fait venir d'Irlande, comme un lien avec son pays que l'on ne peut délier.

Sentiment qu'il transmettra à sa descendance, à Milo. Ainsi est scellé le sort de Milo, de ce sentiment noir, qui l'habite, de cette volonté de chercher sa mère, de cette errance du déraciné, Milo finit par se trouver un pays d'adoption le Brésil.

Artifices cinématographiques inéluctables, car si Nancy Huston s’était lancé dans la narration de toute la famille Noirlac, elle aurait en volumes égalé Zola et ses Rougon Macquart. Donc les « On coupe », qui parsème chaque fil narratif, étaient à mon avis trop répétitifs, parfois agaçant, mettant une distance avec les personnages. Les traductions font office de sous titre, comme les repères indispensables pour intégrer l'oralité de ce texte.

Nancy Huston transmet dans ce roman son goût de la littérature et m'a impressionnée par la structure de ce roman, qui en fait une lecture unique, une romancière exigeante avec son lecteur, un cadre bien posé, j'ai essayé de sortir de ce cadre, de prendre la tangente, mais c'est impossible.

Cependant passionnée par la langue, Nancy Huston sait rendre le texte vivant, lui donne une musicalité, un rythme, évoque les poèmes de Yeates en dévoile le sens avec finesse. J'ai parfois perdu les fils narratifs, j'ai tangué, oscillé, marqué une longue pause après cent pages, cependant au bout de cette lecture en solitaire, je suis arrivée à bon port.

Nancy Huston a le talent de faire passer dans ce roman la difficulté que chacun peut rencontrer lorsqu'il se trouve à échanger avec autrui, qui ne partage pas la même langue que la sienne. Ce texte présente une réelle richesse polyphonique.

Je remercie Price Minister, et les petites mains des Matchs de la rentrée littéraire pour l'envoi de ce livre. Ma Note 14/20

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keisha 03/12/2013 13:45

J'hésite j'hésite... Très peu de billets sur ce roman...

Nathalia 04/12/2013 21:38

N'en fais pas une lecture prioritaire, peut être en biblio, si tu n'as rien de mieux à te mettre sous la dent. Au bout de 100/300 pages j'ai hésité à laisser tomber! Je vais attendre un peu avant de la relire ...

Pensées à toi ce soir, rencontre avec Craig Johnson à ma librairie, il est génial!