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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Avant la chute-Fabrice Humbert

avant la chute

 

 Après ma lecture de l'origine de la violence, j'ai trouvé beaucoup de talent à cet auteur, qui se faisait l'écho de Primo Levi dans ce roman. "Si c'est un homme" est un roman universel, et j'en profite pour évoquer Les naufragés et les rescapés, un autre récit de Primo Levi que j'ai préféré à Si c'est un homme,  bien plus authentique, un peu moins "scolaire". Bref je ferme la parenthèse pour évoquer ce dernier roman Avant la chute.

 

Décidemment, le mot chute se retrouve dans plusieurs titres de romans de cette rentrée littéraire, évocateur du déclin, du chaos, c'est l'étape qui précède la fin de quoi, d'une époque, ou d'une vie, du monde (l'apocalypse a bien été annoncée le 21 Décembre 2012 par les mayas ???)

 

Ce roman permet de suivre trois histoires différentes reliées entre elles à leur insu, disons qu'elles se rejoignent à la fin, un roman choral assez bien structuré. Deux soeurs fuient la Colombie pour éviter d'être les prochaines victimes des cartels colombiens, leur rêve est d'arriver aux USA, peut-on appeler cela un rêve? c'est plutot une survie necessaire, leur échappée de migrantes est inoubliable lors de la traversée du Mexique.

 

En parallèle Urribal est sénateur, il intervient au sein des congrès anti-drogue, c'est un homme de pouvoir, dont les intentions sont très éloignées de sa fonction politique.

Puis il y a Nadir, jeune collégien, bonne élève dans un collège de banlieue en France il aime étudier, cela le marginalise d'ailleurs auprès de ses camarades, il a son idéal à lui le petit Nadir, la lecture des histoires de chevalerie et cette histoire sur la cité d'Ys, qu'il nous dévoile, devient vite le fil conducteur de cette histoire. Ses frères n'ont pas ses facultés d'apprentissage, et son grand frère Karim sait se faire respecter dans le quartier, sauf que voila la situation est tendue et les signes annonciateurs sont multiples.

 

Le point d'orgue de cette histoire est la drogue, elle est rarement évoquée, d'ailleurs aucun de ses personnages ne prend de la drogue, mais tous sont les victimes "souterraines" et subissent des dommages collatéreaux liés à la commercialisation de la drogue par les cartels de Colombie.

J'ai trouvé cette histoire bien écrite, certes il n'y a aucun lien entre les personnages. Je vais peut être schématiser, il y a les âmes pures et le mal incarné, l'épopée des deux soeurs est poignante, deux migrantes qui transforment leur voyage en acte de survie, indispensable pour pouvoir exister ailleurs. Le voyage prend une autre forme, où risques et dangers sont des menaces permanentes, c'est loin d'être le voyage d'agrément.

 

En tant lectrice je me suis sentie en empathie avec l'histoire des deux soeurs, cependant j'ai trouvé le portrait d'Urribal détaillé, fouillé, très captivant. Aucune de ces facettes ne peut échapper, c'est là tout le contraste car ce personnage est abject et détestable et pourtant je n'appréhendais pas les chapitres le concernant, j'ai trouvé qu'il permettait de préserver un équilibre dans ce roman, et induisait la réfléxion. Un portrait complet au travers duquel les rouages du pouvoir et de la corruption coulent de source.

 

J'ai trouvé l'auteur militant, à certains moments j'avais un peu mauvaise conscience à le lire, tant parfois c'est le genre de sujet que je survole sans me sentir concernée, pourtant l'intérêt m'a gagné tout au long du roman. Evoquer le chaos de notre époque sans créer trop de pesanteur pour le lecteur n'est pas aisé, et Fabrice Humbert sait témoigner d'une profonde humanité, tout comme l'a fait Primo Levi avant lui. Refermer ce roman ne peut laisser indifférent.

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M

Fabrice Humbert avait déjà excellé dans avec ce type de narration chorale dans "La Fortune de Silla", c'est amusant qu'il reprenne cette forme de construction dans son nouveau roman ...etça me
donne envie de le lire, malgré le sujet qui ne 'attire pas plus que cela.
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N


Je n'ai pas encore lu La fortune de Sila, avec Fabrice Humbert le cheminement reste toujours simple, facile et puis finalement le lien entre ces deux femmes Colombiennes, ce politicien mexicain
et ce jeune français de banlieue c'est la mondialisation de la drogue, ou peut être la mondialisation tout court.


 


Je crois que derrière l'écrivain, il y a quelqu'un d'engagé, c'est très discret, je me trompe peut être, je ne sais pas, ce n'est pas Roberto Saviano non plus, il ne dénonce pas, il apporte une
autre vision et ce regard m'interresse beaucoup.. En tout cas si tu le lis, j'ai hâte d'avoir ton avis.



S

Je ne pense pas le lire, mais tu as écrit un beau billet.
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K

L'origine de la violence n'est pas un mauvais souvenir pour moi, même si je préfère les récits à la Primo Levi aux romans.
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