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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Le wagon - Arnaud Rykner

Le wagon - Arnaud Rykner Bien après le débarquement en Normandie en 1944 , et la libération de Paris  en Aout des trains de déportés ont continué à circuler vers l'allemagne nazie depuis la France.

 

Le 2 Juillet 1944 un train part de Compiègne pour Dachau. C'est un wagon de 2166 hommes, arrêtés par la police, des résistants, des collaborateurs ou des gens au mauvais endroit au mauvais moment.

 

Ce convoi composé de 22 wagons (100 hommes par wagon), mis 3 jours pour arriver à Dachau au lieu d'une journée, et dans des conditions méterologiques caniculaires. A l'arrivée 1630 rescapés.

 

Voici l'Histoire du voyage dans ce train, raconté par l'un des voyageurs un jeune homme de presque 22 ans. Il aura 22 ans le 4 Juillet 1944, un Français, dont la famille a été  déportée quelques mois avant lui, jeune, célibataire, résistant, puceau il a été arrêté à Paris par les nazis.

 

L'auteur fait ce choix de nous raconter l'histoire dans l'Histoire, le hasard a voulu qu'il soit associé à cet évènement par un proche. Ce qu'il nous raconte est un roman. Il s'est documenté, enquêté, lu  et il fait référence à ce livre de témoignages "Le train de l'enfer" de Bernadac 

 

 

Commentaire d'Arnaud Rykner en préface"Mais même en sachant ce que je savais, en lisant ce que j'avais lu, je ne pouvais que mentir. L'inimaginable doit être imaginé. Là aucune image ne peut se former, il faut former une image. Une image injuste. Alors  tout ce qui est raconté est faux. Ce n'est pas un  d'Histoire. L'Histoire est bien pire. Iréelle. Ceci est un roman."

 

C'est à moi de témoigner de cette lecture, je n'accomplis pas mon devoir de mémoire cher à notre Président actuel. Je suis très  marquée par ce pan de l'histoire, si proche de nous et mon arrière grand-mère m'a souvent évoqué cette période de 39-45.

 

J'ai lu C'est un homme de Primo Levi, Bernadac Le camp de Ravensbruck, Sonderkommando, Une vie de Simone Veil et d'autres livres sont en attente de lecture Dora, Noirs dans les camps nazis, et Jorge Semprun. Vos suggestions sont bienvenues.

 

Et depuis les bienveillantes de Littel, des romans c'est à dire des fictions nous amènent autrement à voir ces évènements. (Je cite Littel mais bien avant il y a eu la Liste de Schindler et surement d'autres romans non médiatisés).

 

La lecture du Wagon fût riche d'apprentissage, l'instinct ou la chance de survivre, vivre quelques secondes, quelques heures de plus, tout en sachant que la mort sera l'ultime étape.

 

Vous n'apprendrez rien de plus sur les conditions insalubres de ces voyages organisés pour les déportés, acheminés comme des bêtes au crématoire.

 

Les déportés se deshumanisent, privés de nourriture,d'eau et de lien affectif  épuisement physique et moral et certains sombrent dans la folie, certains arrivent à se suicider en s'étouffant avec une boulette de mie de pain, pour échapper à cet enfer terrestre.

 

Juillet 1944 est un été chaud et les températures grimpent et la soif tenaillent, l'eau est inaccessible et lorsque des hommes qui regardent passer ses trains le long des voies leur lancent des seaux d'eau, ces quelques gouttes d'eau deviennent le vrai supplice de tantale.

 

Puis il y a ce passage de folie collective, enfermés dans les wagons sans circulation d'air, la chaleur torride et la soif agissent sur des corps fatigués, les courageux creusent le plancher du wagon pour créer des arrivées d'air et là la cocotte minute explose les déportés essaient de survivre pour respirer, et là c'est le talent de L'AUTEUR qui opère, car je n'ai pu que l'imaginer ce moment (car difficile de décrire la justesse de l'évenement)  

 

...à l'issue de ce moment, les vivants se comptent...ils sont 63 dans le wagon. Les morts sont empilés et l'odeur de charognes accompagnera ce train, obligeant les hommes, femmes, enfants le long des voies de chemin de fer à se mettre un mouchoir sur le nez lorsqu'ils croiseront sa route.

 

Je vais m'arrêter là, c'est le premier jour et le train n'atteindra Bar le Duc que le lendemain. Un endroit clef.

 

Je souligne le talent d'Arnaud Rykner à travers son jeune narrateur se nommant Vilar ou Weissman, c'est juste 3 jours dans la vie d'une personne et les 3 derniers jours de sa vie peut etre, un guide de survie face à la mort, le renoncement est exprimé avec humilité, les liens avec autrui sont emprunts de respect, il reste altruiste face aux morts , les moments de rebellion existent et sont vite abandonnés et il cherche un sens à cette déportationcar avant tout il reste humain.

 

 Il prie Dieu et  espère lorsque le train s'arrête à Révigny "Je retiens le nom du village inscrit sur la maison de la garde barrière :  Révigny il y a Rêve

 

Face à ses bourreaux d'allemands je cite :  "Tout est bien organisé, tout est allemand."

 

Et dans ces moments ultimes de détresse, autre idée qui m'a marquée :  les déportés se mettent à calculer la vitesse du train sans moyen précis d'évaluer le temps et la distance, pour connaître précisemment à quel moment ils vont passer la frontière et quitter leur pays la France.   

 

Je pourrais continuer à vous abreuver de mes impressions et extraits de ce roman. Si le sujet vous intéresse, ce roman est en bonne place. Il donne une réponse partielle à Pourquoi ça?  Comment est ce possible ? Quelle limite à ces processus ?

 

Je terminerais en insistant sur ce détail : dans ce train étaient déportés des Français, et les Allemands les considéraient comme des Juifs, bref nos ancêtres grand-parents, arrières grands-parents auraient pu être dans ce train et ont subi le même traitement :  ce qu'on appelle la solution finale. 

 

Merci à Arnaud Rykner pour son travail d'écrivain, merci aux Editions du Rouergue et notre partenaire BABELIO masse critique.

 

 challengeabccritiques1 Challenge ABC/ lettre R 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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nicole 28/11/2010 11:11



j'apprécie votre billet sur le livre  d'A.Rykner que je viens de terminer. je l'ai lu malgré une critique assassine dont il a fait l'objet je ne sais où....comme vous je suis attachée à
cette période terrible de notre histoire et la déshumanisation est un sujet qui me hante. le texte deA.Rykner en parle de façon à la fois originale et simple.



nathalia 28/11/2010 11:41



Oui je vous remercie de votre commentaire, ce livre est un excellent témoignage, je n'ai lu aucune critique sur cet auteur (je l'ai choisi sans hésiter dans la selection
Babelio) cependant apres discussion avec mon libraire sur ce roman qui ne figurait pas dans sa sélection, j'ai compris qu'il ne serait peut être pas assez "vendeur". Ce qu'il faut souligner
c'est que dans ce wagon était déportés des français.


La semaine dernière j'ai visionné la rafle et la aussi un profond dégout envers notre gouvernement de 1940 me fait éprouver une honte et un dégout profond d'être française, d'autant plus que
notre télévision publique retransmet chaque semaine des documentaires sur Pétain.


Le mot deshumanisation est vraiment bien choisie.Merci Nicole



Anna 28/09/2010 18:40


"Le wagon" est un roman bien écrit. Il est vrai qu'il ne nous apprend rien de plus mais plus on s'éloigne de cette période, plus le risque d'oubli grandit. Concernant les fictions sur le sujet,
j'en connais peu. Je signale juste que "La liste de Schindler" n'est pas une fiction mais une histoire véridique. Pour les lectures, tu trouveras sans aucun doute des idées sur le site du Mémorial
de la Shoah (le site a une page consacrée à sa librairie).


nathalia 28/09/2010 21:02



Merci de ton commentaire Anna et de me renvoyer vers le mémorial de la Shoah et sa librairie. Oui tu as raison l'histoire sur la Liste de Schindler est véridique et elle est passée à la postérité
grâve à S Spielberg. Je faisais référence au roman de Thomas Keneally La liste de Schindler écrit d'apres le témoignage de l'un des rescapés grâce à Schindler. C'est bien ce qui fait le
talent de ces auteurs qui n'ont pas vécu ces évènements et qui les relatent pour éviter l'oubli. J'irais lire ton billet également @bientot



keisha 28/09/2010 16:16



Je vois que tu as déjà pas mal de bibliographie, je ne vois pas trop de suggestions de lectures, sauf peut être Treblinka (mais le trouve-t-on encore?) intéressant car dans ce camp il y a eu une
révolte.



nathalia 28/09/2010 21:06



Je n'ai jamais rien lu sur Treblinka, cependant quand je sejourne dans l'est je trouve facilement des livres sur le sujet...a voir