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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Voyage au pays des Ze Ka - Julius Margolin

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J'ai lu successivement deux livres, deux vrais coups de coeur, deux auteurs encrés dans leur époque, deux personnes de valeur, qui utilisent les mots et l'écriture avec virtuosité comme un Mozart avec les notes de musique, le résultat est ultime.

 

Et en tant que lectrice, j'aimerai tant que ces deux livres rencontrent un jour votre route. Celui que je viens de terminer est Voyage au pays des Ze-Ka de Julius Margolin.

 

J'ai entendu parler de livre par Télérama, puis par Keisha et Dominique,dont vous pouvez lire les billets. Mon libraire aussi et j'ai fini par le trouver à la bibliothèque sur le présentoir, et pour moi c'était impossible de le laisser là. Au départ, je ne comptais que le feuilleter, lire quelques pages car je ne m'imaginais pas lire entièrement ce récit de plus de 700 pages et finalement j'ai été happée et émue par le récit de Julius Margolin et la traduction sublime initialisée par Nina Berberova.

 

Un livre assez déroutant car son thème est très difficile à appréhender : les camps de travail en URSS sous Staline, communément appelés Goulags, c'est un des rares témoignages d'un juif polonais, Julius Margolin interné en 1940 jusqu'en 1945. Il avait le même âge que moi, quand il fût emprisonné.

 

A la différence de Soljénystine ou de Chalamov, de grands russes écrivains opposants au communisme eux aussi internés bien après Margolin, il n'est pas russe, c'est un "occidental".

 

Quand il est arrêté par les russes, il séjourne en Biélorussie, pays qui à ce moment de l'histoire est pris en tenaille à l'ouest par l'Allemagne nazie d'Hitler et à l'est par l'armée rouge. 

 

Margolin est juif né en Pologne, et il vit à Tel Aviv en Palestine. Il est philosophe de formation et écrivain. Il séjourne en Pologne pour raisons professionnels en 1939 lorsque les allemands envahissent la Pologne. Il fuit donc pour échapper à Hitler et l'anti-sémitisme, et se retrouve chez sa mère en Biélorussie à Lodz. Il espére trouver un moyen de passer la frontière roumaine pour rentrer chez lui à Tel Aviv où vit sa famille, il a un passeport palestinien, son pays, sauf que les russes envahissent la Biélorussie et ferment les frontières.

 

Sa situation se révèle être un vrai casse tête administratif face à un vide juridique, après 10 mois de tentatives administratives pour sortir de Biélorussie légalement (durant lesquels, les russes l'incitent à prendre la nationalité russe) son passeport expirant il se retrouve arrêté par les russes pour infraction à la loi sur les passeports, d'autres juifs polonais sont arrêtés et jugés pour de motifs aussi bancales que le sien.

 

Jugé de manière arbitraire, il tente de se défendre avec raison, (ce qui lui vaudra d'écoper d'une rallonge non justifiée juste pour avoir manifester sa désaprobation envers le juge d'Etat), il est condamné à purger sa peine de 5 ans dans un camp de réducation par le travail au 48 ème carré. Son histoire se révèle être un vrai casse tête, car en l'espace de 10 mois son passeport polonais à expirer, entre temps la Polgne a cessé d'exister et d'une certaine manière face à ce vide juridique, lui aussi. Une tentative de renouveller son visa, a fait de lui un ennemi de la Russie.

 

Son récit est remarquable, l'écrivain philososphe se retrouve en milieu hostile, heureusement il parle polonais, et russe couramment, ce qui lui permet d'intégrer le camp avec quelques "avantages", celui de mieux comprendre le sort que lui réserve ses geoliers. Il dénoncera durant tout le récit la barbarie communiste organisée du Goulag, un moyen légitime d'avoir à disposition des millions d'"esclaves" ou detenus, appelés ZE KA travaillant par l'Etat dans toute l'URSS.

 

La vie des camps est déshumanisante: il analyse la névrose des camps: promiscuité, absence d'hygiène,la nourriture et la faim, les conditions de travail impossible avec des taches et cadences impossible à tenir dans le froid, pas de vêtements adaptés, le comportement des hommes devient sauvage et hostile, les plus faibles deviennent invalides et finissent par mourir à petit feu de distrophie alimentaire (terme médical pour exprimer mourir de faim).

 

Julius Margolin tout philososphe, qu'il est analyse la névrose des camps, et l'origine de la haine entre les hommes. Il a écrit durant sa captivité, malheureusements ses réflexions furent découvertes et détruites.

 

Son analyse pleine de bon sens, rend justice à son combat, après sa libération il a écrit pour témoigner, pour faire réagir, pour supprimer les camps qui existait encore en 1947, il oeuvrait comme il pouvait pour stopper cette barbarie humaine, lui avait eu la chance d'en réchapper et ne restait pas indifférent au sort des autres encore prisonniers. L'indifférence d'autres prisonniers libérés, l'avait marqué lors de sa captivité.

 

Il rend hommage à tout ses compagnons dans cet enfer, aux médecins qui l'exemptaient de travail, ceux qui sont morts dans l'indifférence subissant la mort comme une délivrance, ceux pour qui il a eu de la compassion de l'amitié, ceux qui lui ont volé sa nourriture, ses lunettes, ou battus pour leur propre survie et il a ce courage de nous expliquer qu'il doit sa vie à celle d'un autre.

 

Un récit à lire autrement que ceux des Juifs déportés dans les camps allemands, il n'y a pas de recette miracle à sa survie d'ou ce contenu inoubliable et un homme philosophe qui n'a cessé de croire en l'humanité de ces semblables même au fond du gouffre.

 

Pour l'heure, j'ai omis de vous préciser que mon second coup de coeur est pour Nuala O'Faolain avec Ce regard en arrière. Et ce sera pour une prochaine fois.

 

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Z


Keisha et Dominique m'avaient déjà fait noter ce livre. Une coche de plus. J'espère être aussi chanceuse que toi à la bibliothèque. 



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N


J'espère que tu le trouveras, car il vaut vraiment la peine, c'est un texte riche.



K


Ah ben non, tout est normal, ça devait être mon ordi (grr encore)


Quant à Nuala O Faolain, j'atends ton billet, Best Love Rosie a été un de mes coups de coeur!



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N


Ton ordi marche bien rassure toi. Pour Nuala, je n'ai pas encore lu Best Love Rosie, mais je n'entends que du bien de ce roman.



K


Super, super! Il faut lire ce livre, extrêmement bien écrit, en plus!


Dis donc, ton billet apparait en très gros caractères, c'est normal?



Répondre
N


Oui je suis souvent tes conseils t'as vu , au départ je ne pensais pas que j'arriverai à le lire en entier et
finalement, c'est bien écrit et je n'ai jamais eu de lassitude.


pour les gros caractères tu n'as pas rever, j'ai rectifié entre temps!