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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Quattrocento-Stephen Greenblatt

Quattrocento-Stephen Greenblatt

Le Pogge prit ses distances par rapport au contenu de De La Nature, mais c'est lui qui fît le premier pas décisif en sortant l'ouvrage de son rayonnage en le faisant copier et en envoyant une copie à ces amis florentins. Une fois le poème remis en circulation la difficulté n'était pas de le lire (si l'on maîtrisait suffisamment le latin), mais de discuter ouvertement de son contenu ou de prendre au sérieux ses idées.

C'est une lecture assez inattendue, l'entrée en matière m'a très vaguement rappelé Le nom de la Rose d'Umberto Ecco, cependant la comparaison s'arrête là ce n'est pas un roman.

Il ne faut pas s'attendre à une intrigue, l'auteur déroule une biographie de Le Pogge, officiellement secrétaire apostolique du très controversé pape Jean XXIII, officieusement chasseur de manuscrits anciens. Il retrace habilement la "mise en circulation" d'un texte philosophique païen De Rerum Natura, De La Nature écrit par Lucrèce disciple d'Epicure, datant de l'époque Antique, environ 50 ans avant JC.

Bien sur, pourquoi lire cet ouvrage? Si comme moi, vous n'avez souvenir de cours de latin, que les fables d'Esope et le Satiricon de Pétrone, ou les souvenirs d'occuper le dernier rang de la classe, mon initiation au latin et grec reste mémorable.

Cet ouvrage écrit par une "pointure" reste accessible, le but n'est pas d'endormir le lecteur ou de le noyer dans les ténèbres de cette époque médiévale du XVe siècle.

à l'origine Le Pogge a débuté comme copiste, a gravi les échelons de la curie Romaine sans pour autant endosser l'habit religieux, pour accéder au poste le plus élève pour un laïc, le secrétaire du Pape.

Après le destitution de Jean XXIII, il décide de se consacrer à la bibliophilie, et la recherche de textes philosophiques anciens, non tolérés par le Vatican, il est lui même un grand admirateur de Cicéron. Il fait partie de ces hommes, qui, au cours du Moyen Age, grâce à leur connaissance précise et exacte du latin et de leur soif de savoirs, développent et véhiculent un courant humaniste. En contraste de la terreur, la peur des maladies, du châtiment d'outre-tombe, et de l'obscurantisme propre au Moyen Age, perpétués par l'Eglise grâce à la puissante Inquisition afin de maintenir souveraine la Chrétienté.

1417, Le Pogge arrive dans un monastère allemand, il veut accéder à la bibliothèque du monastère et en consulter les ouvrages , il va devoir gagner les faveurs de la communauté et, et il découvre ce texte de Lucrèce, un texte sublime, et moderne de part les idées exprimées, comme le souligne l'auteur. Il met la main sur ce texte de Lucrèce, et en fait réaliser une copie par son assistant scribe.

A partir de l'histoire de cet homme, Stephen Greenblatt va exposer plusieurs thématiques; composant les différents chapitres. Il remonte jusqu' à l'antiquité: les conversations des philosophes et leur talent pour la rhétorique, l'histoire du livre se décline en tant que support, la vie des scribes, des bibliothécaires et la grandeur de la bibliothèque d'Alexandrie, la vie d'Hypathie y est également évoquée, puis la diffusion des ouvrages, la vie dans les monastères et le travail des moines copistes, les marges des manuscrits ont conservés les traces de leur détresse "Qu'il soit permis aux moines copistes de mettre fin à son labeur" "J'ai fini, avouait un autre, pour l'amour du ciel donner moi à boire"


Cette partie est assez captivante pour les néophytes, comme moi.

Puis, il aborde la biographie de Le Pogge, sa vie à la Curie Romaine, et le déchainement du pouvoir au sein du Vatican. L'homme est complexe, détestant l'Eglise, il accède cependant à de hautes fonctions à la Curie, qu'il conservera durant de nombreuses années. Le Pogge n'aimait pas les moines, qu'ils trouvent "ignorants et d'une paresse désespérante", pour lui les monastères sont remplis "d'inadaptés à la vie en société".

Il explique ensuite le fameux texte De La nature, en expliquant sommairement le contenu et la portée, et en quoi ce texte a pu transformer les consciences, sauf que "la police de la pensée est à l'œuvre", et De La Nature est jugée comme une fable, un texte sans danger par les ecclésiastiques soucieux de maintenir la chrétienté, le danger est ailleurs car la réforme est en marche. Le texte n'est pas accessible au commun des mortels, il nécessite une maitrise de la langue latine.

Pourtant, Le Pogge sembla avoir trouvé dans ce texte, une forme de réponse comme d'autres, Erasme, Botticelli, Thomas Moore, Machiavel, Molière, Thomas Moore, Shakespeare, poètes anglais jusqu'à Thomas Jefferson inspirés par le message de ce texte ont trouvé une former d'inspiration.

Outre la plongée dans le Moyen Age très intéressante, et le portrait de cet homme, amoureux de livres, l'auteur a su mettre le projecteur sur l'idée de pérennité d'un livre, nul doute que ce texte De La Nature aurait pu disparaitre comme tant d'autres, il a survécu au temps, la probabilité qu'il parvienne jusqu'à nous résulte d'un concours de circonstances aléatoires habilement retracé par Stephen Greenblatt, presque romanesque ou peut être tout simplement ce texte doit à sa beauté, d'avoir pu traverser le temps.

Autant dire que résumer cet ouvrage est impossible, il faudrait en citer pas mal de passages, et relire le chapitre sur le texte "De La Nature", son contenu reste très philosophique, pas inaccessible, dense surtout. Cet ouvrage reste assez atypique dans un contexte ou le livre devient un véritable produit de consommation.

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D
Bonjour, c'est aussi grâce à Dominique que j'ai entendu parler de cet ouvrage. Il ne me reste plus qu'à le lire. Le sujet m'intéresse beaucoup. Bonne journée.
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N
Oui, j'essaie de suivre régulièrement les avis de Dominique, surtout quand je repère un titre qui me tente. J'espère que cette lecture te plaira Dasola

Certains passages sont très agréables, d'autres peuvent être survolés sans problème, sans freiner la progression dans la lecture. Cet ouvrage fait réfléchir sur pas mal de points, notamment sur la pérennité des auteurs et de l'objet livre.
D
Un peu de passion pour la littérature de l'Antiquité m'avait forcément attiré vers ce livre et j'y ai pris beaucoup de plaisir et d'intérêt
je te suis quand tu dis que bien qu'érudit l'auteur à une façon tout à fait magistrale pour nous faire partager ses connaissances
un livre atypique oui là aussi je signe
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C
Pas tentée à acuse de l'époque...
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K
Tu sais quoi? Je l'ai demandé à la bibli, il est en réserve pour moi (juste à aller le chercher) Chic, non? C'est le billet de la blogueuse Dominique qui m'a fait connaitre ce titre.
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K
Il est là!!! Je vais le démarrer dès que j'ai terminé le petit roman en cours.
A la bibli j'ai aussi demandé un livre sur Montaigne repéré chez Dominique.
Figure toi qu'entre temps j'ai réalisé que ce Quattrocento ira magnifiquement dans un challenge (thème lancé entre temps), donc je peux me tenir à mon idée des challenges : on lit, et ensuite c'est dans un challenge!
Aaaah JM Erre... Idéal pour passer un bon moment.Mais pas que Tu sais que son frère est dans la BD?
N
Je l'avais repéré. Puis sélectionné pour le Masse critique de Babelio, pas retenue évidemment, entre temps lu l'avis de Dominique donc aucune hésitation! Ca complète bien tout ces romans sur le Moyen Age, lus cette année, un autre genre et captivant!

De très bons moments, d'autres plus ténus au sujet de la religion mais ça passe bien, en ce qui me concerne. Les critiques soulignent l'érudition de l'auteur, certes mais quel sens du partage du savoir, de la connaissance!

Tu as eu raison de le demander à la bibli, ça fait plaisir de voir que les bibliothécaires nous suivent. J'ai fait une demande pour 22/11/1963 suite à ton billet

J'ai lu JM Erre, et j'ai adoré Le mystère SH, pliée de rire grâce à toi! Ce roman est un Must Read, une dose de bonne humeur.