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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Yellow Birds-Kevin Powers

Yellow Birds-Kevin Powers

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"La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L'herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s'adoucissait, et nous patrouillons à travers les collines qui s'étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquées de toutes pièces, nous frayant, tels de pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. lorsque nous poursuivions notre route malgré l'épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l'obscurité. Nous mangions et la guerre jeûnait, se nourrissant de ces propres privation. Elle faisait l'amour, donnait naissance et se propageait par le feu....

Nous n'étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n'avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu'elle pourrait. Elle était patiente. Elle n'avait que faire des objectifs de frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s'introduisait dans mes rêves cet été là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement. Et je savais qu'elle irait jusqu'au bout."

Voici les premières lignes de Yellow Birds, l'auteur "humanise" cette guerre irakienne pour lui donner une forme existence, permettant au lecteur une plongée sur cette "ligne de front". Un quotidien infernal au cœur des combats. Nous sommes en Septembre 2004, à Al Tafar, province de Ninawa, Irak.

Bartle et Murphy "s'en vont-en guerre", (en référence à ce roman de Dalton Trumbo Johnny s'en va-t'en guerre- Babel) sous le commandement du sergent Sterling, Frères d'armes, Bartle va combattre avec Murphy et le perdre. Il raconte leur errance, ou comment la guerre fabrique des hommes, qui ne deviennent que l'ombre d'eux mêmes, ils n'ont que deux options se battre et survivre (Bartle) ou se battre et choisir quand et/où ils ont décidé de mourir (Murphy).

Là aussi, Kevin Powers écrit l'indicible. De retour du front en transit par l'Allemagne, Bartle est hanté par le souvenir de Murphy et de ses compagnons morts au comabt, le retour n'est point libérateur, c'est un soldat, qui hante les églises, Bartle vit une double peine, son statut de survivant et celle de son déshonneur à la promesse faite à la mère de son ami de ramener Murphy en vie.

Bartle alterne les moments entre l'Irak, le transit en Allemagne et enfin chez sa mère : très terre à terre, il retranscrit des discussions entre soldats, conditionnés par leur instinct de survie et leur formation militaire. Il décrit également ses pensées sincères et coupables "qui ont trouvé beaucoup de résonnance en moi" , il prend enfin conscience de ces actes, de leur ampleur, il n'a rien du héros de guerre.

"J'éprouvais un moment de liberté, mais ça me rongeait malgré tout, au fond de moi. Je finis par me rendre compte que la liberté ne se résumait pas à une absence de responsabilité"

"La cruauté de mon ambivalence ne me surprit pas à l'époque. Rien ne semblait plus naturel que de voir quelqu'un se faire tuer ...

Lorsque je pense à ce que ressentais ce garçon de vingt et un an que j'étais et à la façon dont il se comportait, je ne peux que me dire que c'était nécessaire. Je devais continuer. Et pour ce faire, je devais me concentrer sur l'essentiel et regarder le monde en face. On ne remarque que les choses inhabituelles. Or la mort n'était pas inhabituelle. Inhabituelle était la balle; qui allait vous tuer, la bombe artisanale, qui n'attendait que vous pour exploser."

Bartle sait également gagner les chemins de traverses, tout ne peut être raconté, quelques passages imagés, presque poétiques pour camoufler les moments délicats, notamment la mort de Murphy, un passage soigné et sensible.

Enfin, au fil de cette lecture, comment oublier mes anciennes lectures, celle de Rimbaud et son dormeur du Val ou du roman de Rilke, plus récente Birdy de William Wharton- j'envisage sérieusement de relire A l'ouest, rien de nouveau- Ecrivains, qui ont tous connus la guerre et qui savent sublimer à travers les mots un sujet si atroce. Kevin Powers suit cette voie, sans lien évident avec les autres écrivains cités, autre que sa participation à une guerre, bien différente des précédentes, une travail d'écriture conséquent et habile.

Rien que pour la beauté de ces textes, au delà de leur message antimilitariste, j'ai toujours la curiosité de lire un roman portant sur la thématique de la guerre, aucune déception jusqu'à aujourd'hui.

Les avis de Sandrine, Clara, qui soulignent d'autres points forts du roman. Et de mes collègues lecteurs sur Babelio

Je remercie Kevin Powers, les Editions Stock et Babelio et son incontournable Masse Critique, pour m'avoir permis de lire ce roman superbe, récompensé par différents prix

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Commenter cet article

clara 07/08/2013 08:08

Un livre magnifique, coup de poing ! Une de mes libraires et sen train de le lire et il est époustouflé car c'est un premier roman !

Dominique 28/07/2013 09:51

Si ce roman est de la même veine que Birdy je suis immédiatement partante
Ton billet donne très très envie

Nathalia 28/07/2013 15:03

Hum, Dominique Birdy est exceptionnel :) , celui ci un cran en dessous.

Ce roman rappelle Birdy par l'amitié, qui unit ses deux soldats, il évoque plus la difficulté de se ré insérer dans le quotidien et la culpabilité ressentie par le soldat survivant. A découvrir pour élargir les points de vue sur le sujet.

keisha 28/07/2013 08:06

Commentaire futile : ce design overblog est superbe! (on se croirait chez wordpress)
Pour le livre : fin de mi temsp pour le soldat billy lynn m'a calmée pour un temps, côté guerre.

keisha 29/07/2013 08:15

Comme j'ai toujours mon blog OB (je déménage les billets à la main, ça prendra des mois, si je n'abandonne pas) je vois les différences, oui, un reader, mais j'ignore si on peut y mettre des blogs non OB? Sans doute que oui.
Blogspot me convient bien, c'est aisé dès le départ.

Nathalia 28/07/2013 14:54

Un roman par an sur le thème, ça me va aussi, les deux romans ont presque la même couverture, ça m'a fait tilté, quand tu en as parlé sur ton blog.

Oui, alors depuis la migration, chaque semaine des nouveautés avec OB, cette semaine c'est leur reader, je vais pouvoir aussi créer la blog roll, ça aussi c'est apparu depuis quelques semaines seulement.

Ca ressemble à WordPress, en plus simple tout est formaté, tu ne décides pas grand chose du design, ce n'est pas trop compliqué pour mon niveau et ça me permet d'y passer un minimum de temps

J'ai eu l'ordi en panne pendant 10 mois, le temps de trouver une solution de réparation à tarif correct, pas simple dans nos campagnes! Il était temps, j'ai hésité à déménager chez Blogspot, ca me semble mieux pour personnaliser, quand même.

Trouvé Catherine Dufour à la biblio, damned avec un gros bandeau rouge Coup de Cœur! les nuits sont courtes en ce moment, je lis tard ... J'espère le caser avant les tentations de la rentrée littéraire. @ bientôt