La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello
La Mémoire est une chienne indocile-Elliot Perlman
18 Mars 2013
Rédigé par nathalia et publié depuis
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Je sors d'un marathon livresque avec cette lecture, un roman dense conduit par un fil d'Ariane assez tenu autour de deux grands thèmes historiques l'Holocauste et la lutte pour les Droits
Civiques aus Etats Unis. Choisi sur conseils du libraire, cette lecture fut une mine d'informations, délivrées comme si de rien n'était. L'histoire, imaginée par Eliot Perlman nous conduit de New
York à Chicago, en passant par Auscwitz Birkenau entre 1945 et de nos jours. Il réussit à orchestrer élégamment dans ce roman la fiction et des témoignages oubliés, perdus,
non exploités, qu'il ré-écrits ou pas.
Le roman s'ouvre avec Lamont Williams, jeune noir du Bronx, il sort de prison. Son incarcération sonne comme une double peine, une incarcération injuste, qui l'a privé de sa
fille âgée aujourd'hui de 8 ans, il ne l'a connu que bébé, et dont il n'a plus de nouvelles.
Il va entamer une période de six mois probatoire comme agent d'entretien au centre de cancérologie de Manhattan. Il va faire la connnaissance d'un patient Henri Mendelbrot, un rescapé des
camps de concentration, les deux hommes vont converser quotidiennement, et Henry va raconter à Lamont, ce qu'il a vécu au sein des Sonderkommando, ces unités spéciales intervenant aux
créamatoires d'Auscwitz Birkenau. Il veut laisser une trace de son passage et choisit Lamont, pour qu'il mémorise son histoire.
A quelques rues de là, Adam est professeur d'Histoire à l'université de Columbia, son père avocat juif a contribué dans les années 50 au Mouvement pour les droits civiques, en se
battant pour la fin de la ségrégation dans les écoles publiques, au sein du LDF. Un combat intense, lorsqu'il s'agit d'appliquer le cadre juridique, et les premières pages du roman s'ouvrant sur
l'histoire de la jeune Elizabeth Eckford qui débute son premier jour dans un lycée mixte, et qu'une foule interpelle en scandant "Lynchez là" reste pour le lecteur inoubliable.
L'autre figure du roman est Adam Zignelik, il grandit dans l'ombre des combats juridique de son père avocat; et à l'aube de ses quarante ans, ses combats ne se resument même pas à son couple
qu'il forme avec Diana et à son poste d'enseignant universitaire d'Histoire, il les a perdu d'avance.
Pourtant, un ami de l'ombre va lui proposer d'exercer son métier d'historien, d'investiguer sur les Noirs, qui ont participé à la libération des camps en 1945, sujet épineux ... Pour cela, il se
rend à l'université de Chicago ou il va tomber sur un matériel interressant, en sommeil dans des archives les enregistrements du psychologue Henry Border, qui s'est rendu en 1945 à Auschwitz
pour recueillir des témoignages de rescapés.
Au fil des pages, Elliot Pelmann va tisser son intrigue, empruntant à la grande Histoire ces faits avérés pour nourrir l'intrigue de ses deux personnages Adam et Lamar, deux hommes de
New York bien différents, travaillant à côte à côte, se croisant peut être dans les rues de Manhattan sans jamais se rencontrer et que l'auteur va réunir de manière bien
incertaine pour le lecteur, au terme d'un long périple pour les deux hommes.
Là aussi, il ne faut pas chercher la vraisemblance, Elliot Perlmann établit comme une chaine entre chaque personnage, ils sont tous liés les uns aux autres. Les personnages sont nombreux au
début, puis la toile se dessine et chacun prend sa place dans le tableau. Leurs portraits sont détaillés et chaque personnage a son existence, le lecteur a le temps de les repérer, de les
connaitre, ils arrivent à point nommé pour prendre leur place dans le récit, c'est sur leur entrée dans le récit que pèse l'avancée de l'intrigue.
Au duo de Lamar et d'Henry Mendelbrot, fait écho celui d'Adam avec Henry Broder. Deux histoires se mêlent dans l'histoire, parfois il faut laisser en suspend le récit d'Henry Mendelbrot,
pour le retrouver quelques pages plus loin, c'est rageant...
Il prend soin de s'appuyer sur des témoignages clés, toute la partie concernant la vie d'Henry Mandelbrot dans le Sonderkommando est inspirée du témoignage de Shlomo Venezzia dans les
SonderKommando, lu déja il y a quelques années, la fiction ne peut pas se substituer à la réalité, l'auteur n'invente rien, il légitime.
D'autres personnages de ce roman ont existé également, et semblent sortir d'une forme d'anonymat dans lequel ils pourraient rester, comme les travaux du psychologue Henry Border, un "pionnier de
l'Histoire orale" , répondant à la question "Qu'est ce que l'Histoire ? ", vaste question, la réponse reste partielle, interessante. Elliot Perlmann montre cependant l'influence
de la grande Histoire dans nos vies actuelles, directe ou indirecte selon la proximité des évènements.
La lecture est d'une densité exceptionnelle, sans être indigeste ou porter sur l'émotion forte. L'auteur remonte loin dans l'histoire de la lutte des droits civiques des
noirs, de Lincoln, en passant par les mouvements de grêve des usines de Chicago, à nos jours avec Lamar. Une lecture au long cours, qui mène loin, racontant des faits, dont on parle peu ou
peut être pas, préfèrant les voir tomber dans l'oubli ...
je termine sa lecture ... et je remercie cet auteur de parler pour que nous n'oublions pas . - beaucoup d'humanité dans ce livre.<br />
J'avais hésité à l'emprunter car il est très épais ...
Durgalola, Je partage vraiment votre avis sur ce roman, oui 600 pages, pourtant j'ai du mal à penser que c'est un pavé, la construction originale lui donne vraiment une intensité et au final une impression d'avoir rassemblé les pièces du puzzle. je suis contente de lire votre commentaire, rare sont les lecteurs non blogueurs qui laissent des messages, et c'est très agréable.
S
Syl.
18/03/2013 20:11
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Bonsoir, je ne pense pas lire ce livre et pourtant je tiens à te dire que ton billet est fort bien écrit.<br />