La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello
30 Septembre 2010
Mi Septembre, je suis à Milan et au lac de Côme.. Pour la première
fois, j'admire une sculpture de Michelangelo, la piéta Rondanini au Castello sforzesco à Milan.
Quelques jours plus tard, de retour en France pour la manifestation culturelle du livre sur la place de Nancy, je découvre la présence de Mathias Enard sur le salon, ça tombe bien son dernier roman me faisait de l'oeil et évoque le passage de Michelangelo à Constantinople.
Avec en prime un forum littéraire de 30 minutes qu'il partage avec deux autres auteurs Maylis de Kérangal pour Naissance d'un pont et Fabrice Humbert pour la fortune de Silla, un trio de jeunes auteurs.
Je n'avais pas encore lu Mathias Enard et je vous le dis j'étais sous le charme lors de la conférence c'est tellement rare quand l'auteur vous livre son cheminement littéraire. Je me suis servie de ses propos pour orienter ma lecture, j'avais retenu de ce roman l'idée de pont métaphorique, la jonction de l'orient et l'occident possible grâce à l'art et aux hommes. Voici mes impressions.
Je garderais le mystère sur le titre, son choix et sa longueur.
En 1506, Michelangelo Buonarotti est reconnu comme sculpteur, avec le David de Florence, et le piéta. Il a conscience de sa valeur, apprenti chez les Médécis à Florence, il a connu Laurent le magnifique et Florence a fait de lui un héros grâce à sa statue du David, il vient d'achever le tombeau papal pour Jules II et le pape est mauvais payeur. Cette situation irrite l'artiste.
C'est alors que le Sultan de Constantinople l'invite, une invitation tentante construire un pont sur la Corne d'or (reliant Constantinople au quartier Péra). Une proposition alléchante financièrement et un défi à relever car son rival Léonard de Vinci n'a pas gagné la faveur du Sultan son projet de pont a été rejetté par le sultan. Travailler pour le Sultan une revanche sur le pape Jules II, sur Raphael le peintre, sur Léonard de Vinci et Bramante l'architecte.
Mathias Enard s'est basé sur la correspondance de Michel Ange avec ses frères et l'invitation du Sultan est relatée par le biographe "de Michel Ange. Pour construire son roman il s'est appuyé sur des faits historiques.
Dans ce roman, Michelangelo découvre l'orient et nous invite à ce voyage. Avec son guide et ami Mesihi de Pristina, poéte du Vizir, il découvre les charmes de Constantinople, cela lui rappelle Venise, la basilique Ste Sophie lui rappelle la basilique St Marc et ne comprenant et ne parlant pas le turc c'est à travers ses émotions qu'il voit et ressent ce pays. Comme nous le ferions tous débarquant dans un pays inconnu; toute la poésie de l'auteur est là.
L'auteur nous parle de Péra, ce quartier qui accueillent les juifs, les chrétiens et les maures de l'Andalousie ... "Etres étranges que ses mahométans si tolérants envers les choses chrétiennes"et c'est ce quartier que le sultan veut relier à Constantinople pour unifier sa ville.
Puis Mathias Enard nous fait partager la vie de Michelangelo du dessinateur, de la recherche de la perfection des traits et du dessin, des heures passées à dessiner sans avoir l'idée du pont, de ses désirs d'homme, de ses moments de débauche, de sa relation affective avec Mesihi, qui lui offre un singe et Michelangelo lui dessinera un éléphant. Bien sur il y a une histoire d'amour entre ces 2 hommes, et j'ai retenue aussi de l'amour de l'art. L'écriture est belle, très plaisante et parfois mélancolique.
J'aime le passage évoquant l'influence de ce voyage dans les oeuvres à venir de Michelangelo, "Son regard est transformé par la ville et l'altérité; des scènes, des couleurs des formes imprégneront son travail pour le reste de sa vie"
De retour en Italie, Michelangelo débute en 1509 les fresques de la chapelle sixtine et sur la voute celle de la création Dieu crée Adam sans que leurs doigts se touchent ...Et l'idée que c'est le poéte turc Mesihi de Pristina, qui représente cet Adam est superbe. Quelle belle interprétation de cette peinture.
J'ai pu rencontrer l'auteur, n'ayant pas lu son livre et le connaissant peu je n'ai pu trop en savoir plus, cependant il arrive parfois que sur de petis détails on trouve des points communs et Mathias Enard connait bien ma belle région. Une rencontre sympathique
Je terminerais en citant ce vers du poète turc Mesi
hi de Pristina et j'ai retenu le dernier : Mon
Dieu ne m'envoyez pas au tombeau avant que mon torse ait pu caresser la poitrine de mon ami.
La pieta Rondanini au musée national de Milan