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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

Elle s'appelait Sarah- Tatiana de Rosnay

eho derosnayc

J'avais prêté ce roman à une collègue, sans l'avoir lu. Et le hasard a voulu que ma meilleure amie Isabelle me le prête; les livres sont faits pour être prêtés ou tout simplement voyagés, car dommage qu'une fois refermés ils prennent la poussière.

 

16 Juillet 1942, Sarah Starzynski a 10 ans. La police débarque dans la nuit au domicile de ses parents Rue Saintonge ; cela fait plusieurs semaines que des rumeurs de rafle circulent dans Paris; alors les hommes se cachent dans les caves, car pense-t-on c'est pour les envoyer travailler  dans les camps  en allemagne que les juifs sont arrêtés. Aussi quand le policier à la porte vérifie l' idendité de chacun des membres de la famille, Sarah comprend d'instinct; elle enferme son jeune frère Michel agé de 4 ans dans leur cachette secrète de leur chambre et garde la clé dans sa poche.

 

Puis, elle sera conduite au Vélodrome d'hiver dans les bus verts parisiens, subissant des conditions indignes pour un être humain, quelques jours plus tard elle sera internée au camp de Beaune La Rolande, près d'Orléans à une heure de Paris. De la, ses parents seront déportés pour Auschwitz le 5 Aout 1942, ainsi que beaucoup de Juifs raflés ce jours là.

 

Sarah ne va survivre qu'avec la pensée de délivrer et retrouver Michel..

 

Eté 2002, 60 ans après ces évènements, des comémorations officielles vont avoir lieu en France. Julia Jarmond, journaliste américaine pour un journal de presse spécialisé, va rédiger un article sur la rafle du Vel d'Hiv. Elle est mariée avec Bertrand, un français et ils ont une fille Zoé, une famille unie, en quelque sorte Julia a épousé la France, pays, qu'elle aime.

 

 Son reportage porte sur l'Histoire, les faîts, les lieux Paris, Drancy et Beaune la Rolande, les témoignages et aussi le devoir de mémoire. Et voila, au cours de son enquête, elle va découvrir fortuitement que l'appartement, dont  sa famille vient d'hériter est celui occupé par la famille de Sarah, rue Saintonge. Alors, coûte que coûte, elle va lever le voile sur un secret de famille.

 

C'est un roman inspiré de la rafle du Vel d'Hiv, ce roman vise à sensibiliser le lecteur sur le devoir de mémoire, et surtout l'incidence de l'Histoire pour les generations futurs. En ce sens, Tatiana de Rosnay cherche à nous interpeller sur notre devoir et notre conscience. D'abord, elle nous raconte l'histoire de Sarah témoin de la rafel, puis deportée à Beaune La Rolande; elle insiste sur son calvaire : la déchéance de l'âme humaine et son parcours solitaire, l'histoire est comparable aux témoignages de ceux évoqués dans le film La Rafle.

 

En cela, l'héroine de ce roman Sarah se démarque : belle et blonde, aux yeux clairs, critères morphologiques aryens par excellence, elle sera sauvée grâce à son apparence, en cela elle décrit essentiellement qu'être juif, ca ne se voit pas, d'où l'étoile portée. Son histoire est très dure et difficile, car elle changera à jamais le court de son existence.

 

Le message est doublée, car Julia de "sa rencontre" avec Sarah, 60 ans après, verra elle aussi le court de son existence changer. En cela, l'histoire est émouvante, portée par deux personnes féminines forts.

 

Ce qui déroute le plus, c'est le point de vue de Julia, elle est candide sur le sujet, elle ne sait rien de cette partie de l'Histoire, élevée aux USA, elle a ce regard neuf et vierge d'une étrangère, porté sur des faits historiques qu'elle connait vaguement.

 

Elle situe peu les faits dans le climat de 1942 (les faits historiques ne sont pas relatés, gouvernement de Vichy, lois anti-juives éffleurées, guerre sur le front de l'est), évoque peu le contexte de la politique de l'etat français et la collaboration(reponsable mais pas coupable ???) et a un regard confirmé sur le comportement français en général,  les français étaient fermés comme des huitres, il ne fallait rien montrer, rien reveler tout tout devait être lisse et je trouvais cette façon d'être compliquée à vivre.

 

Julia  juge et critique , elle découvre et elle a du mal à retenir ses émotions liées à la Shoah; est dégouttée, révoltée, d'apprendre et de comprendre les évènements, elle déplore que l'état français se dédouane d'un point responsabilité notamment lorsqu'elle rencontre des témoins, commente les plaques comémoratives, seuls figurent "les nazis" ou "la barbarie hitlérienne", elle avoue qu'elle recherche à savoir ce qu'est devenu Sarah pour lui demander pardon, pour ce qu'il lui a été fait.

 

 Ce passage reste assez déroutant, car elle s'implique elle! Ce passage témoignage du personnage atypique qu'est Julia, qui s'identifie à ce point au massacre des juifs, qu'elle en demanderait pardon à la place des auteurs de ces massacres.

Le paradoxe est qu'elle ne cherchera pas à interroger un policier, un conducteur de train, un gardien ou personnel des camp, voire meme un soignant de la croix rouge, qui sont intervenus dans les missions d'état liés aux déportations. Ce passage aurait réclamé, je le pense, un approfondissement dans le cheminement de Julia.

  

Quelques extraits lorsqu'elle enquête à Beaune avec Bamber, son photographe  : 

 

"Un beau jour, dit-il, il n'y eut plus personne dans le camp. Je me suis dit que les Juifs étaient partis. Ou? Je ne savais pas. Puis cela à cesser de me préoccuper. Personne n'y pensa plus. Ce n'est pas quelque chose dont on parle. On ne tient pas à faire remonter les souvenirs. Certaines personnes qui habitent ici ignorent tout de cette histoire"

Il reprit la route. Je repris mon carnet pour noter ce que je venais d'entendre. j'avais encore des haut-le-coeur, je n'étais pas sure que ma grosses en soit la cause. Peut-être était ce plutôt ce que j'avais vu dans le regard de cet homme, l'indifférence et le mépris 

 

Puis quelques lignes plus tard, Julia découvre qu'à la place du camp, un lycée technique a été construit, elle ne comprend pas le sens. Seule subsiste un plaque comémorative : 

 

"A la mémoire des 3500 enfants Juifs arrachés à leur parents, internés à Beaune La Rolande et Pithiviers, , déportés et exterminés à Auchwitz. Victimes des nazis, inhumées à Beaune La Rolande" Suivait la même liste de noms sur la tombe du cimetierre. Celle des enfants du Vel d'Hiv morts dans le camp.

 

Victimes des nazis encore une fois, marmonna Bamber. "On dirait qu'on a affaire, ici  à un cas d'amnésie pathologique.   

 

Une fois, que vous adoptez Julia et compris sa manière d'aborder la question juive, vous pouvez réfléchir à ces petites perches tendues par l'auteure.

 

Que savez vous de cette époque? Que vous ont transmis vos grands-parents ou arrières grands-parents? Une forme assez facile pour réfléchir sur l'expérience de Julia.Personnellement, j'avais pas mal d'éléments de réponses et je ne sais pas s'il appartient aux générations futurs de régler les comptes de cette époque, Bernard Schlink, l'a merveilleusement bien démontré dans le Liseur, aussi j'ai peu adhéré au cheminement intellectuel de Julia !

 

Souveraine de lettresJ'ai lu ce roman dans le cadre du challenge Dame de lettres. Je ne cache pas que j'ai été un peu déçue de cette lecture essentiellement par cette histoire de Julia 60 ans après, l'histoire de Sarah est à lire , certes je lui ai préféré Le liseur de Bernhardt Schlink, et pour la manière d'aborder la question du devoir de mémoire rien ne vaudra Primo Levi et Si c'est un homme...deux films à voir Mr Klein, avec Alain Delon, et  La Rafle plus récent

 

 

 

 

 

 

Les 16 et 17 Juillet 1942, 13 152 Juifs seront arretés à Paris,  déportés et assassinés à Auschwitz Dans le vélodrome d'hiver 4115 enfants, 2916 femmes et 1129 furent parqués dans des conditions inhumaines.

 

 

 

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M


Tatiana de Rosnay n'es pas vraiment un auteur que j'affectionne, et là encore autant j'ai dévoré les chapitres sur l'histoire de la petite Sarah autant ceux qui racontent Julia m'ont vraiment
ennuyé ...



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N


Oui au début je n'avais envie que de lire l'histoire de Sarah, moi aussi et puis je n'aimais pas trop les commentaires de Julia, et puis quand l'histoire de Sarah s'arrête je me suis dit ah non!
je vais m'ennuyer et après j'ai quand même accrocher sur l'idée de retrouver à tout prix Sarah... Bizarre!



L


J'ai beaucoup aimé ce livre : il m'a véritablement transporté, j'ai voyager dans le temps avec lui ! J'ai beaucoup aimé les personnages et la façon de l'auteur d'aborder ce sujet difficile...


Que du plaisir !


 


J'aime beaucoup ton article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!!



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N


Je trouve que c'est une histoire assez dure quelque part, et bien traitée par l'auteure. Au départ je n'étais pas emballée par Julia, et puis au fur et à mesure sa tenacité et son affection pour
l'histoire de Sarah rendent ce roman très émouvant. Merci de ta visite Luna!



R


Bonjour Nathalia,


En effet, dans ce registre "Le liseur" come roman et Primo Levi pour l'ensemble de son oeuvre sont des "musts".


Merci !



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N


Richard, j'ai adoré le liseur de Schlink, c'est une histoire hors du commun, d'ailleurs je réfléchis toujours à la manière dont je vais en parler sur mon blog!