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Nathalie bouquine

La rigueur, moi ça me gâche le plaisir de la lecture, je préfère me laisser porter de page en page et de livre en livre. Holden, mon frère-Fanny Chiarello

No et moi - Delphine de Vigan

    no et moi

J'ai lu No et moi de Delphine de Vigan, paru en 2007. Le thème social abordé dans ce roman est les Sans Abri, plus particulièrement jeune femme adolescente.

Lou Bertignac est une surdouée, elle est en classe de seconde alors qu'elle n'a que 13 ans et vit assez mal cette situation, elle s'isole et ne s'intègre pas dans sa classe. Sa famille est également source de tourments pour elle. Lorsque l'enseignant d'économie décide que chaque élèvre devra réaliser un exposé pour ces petits camarades, c'est l'angoisse total pour Lou, elle choisit le sujet des Sans abris, correspondant à une réalité sociale, statistiquement les jeunes femmes sont sur représentées dans la population des sans abris. Pour cela elle décide d'interviewer No, une jeune femme, qu'elle rencontre dans un café chaque jour, elle apprend à la connaître, l'écoute pour savoir comment elle vit et en bonne élève qu'elle est, réussit sans problème son exposé.

   

... Il y a cette ville invisible, au coeur même de la ville. Cette femme qui dort chaque nuit au même endroit, avec son duvet et ses sacs. A même le trottoir. Ces hommes sous les ponts, dans les gares, ces gens allongés dans des cartons ou recroquevillés sur un banc. Un jour on commence à la voir. Dans la rue, dans le métro. Pas seulement ceux qui font la manche. Ceux qui se cachent. On repère leur démarche, leur veste déformée, leur pull troué. Un jour, on s'attache à une silhouette, à une personne, on pose des questions, on essaie de trouver un raison, des explications. Et puis on compte. Les autres, des milliers. Comme le symptôme de notre monde malade. Les choses sont ce qu'elles sont. Mais moi, je crois qu'il faut garder les yeux grands ouverts. Pour commencer.

A la fin de l'exercice, Lou ne peut se résoudre à laisser No dans la rue, aussi décide-t-elle de lui apporter son aide en lui proposant de l'héberger.

Ce roman se lit très vite, et là encore j'ai été conquise par le réalisme de ce roman, il fallait à mon avis éviter les clichés : la fatalité, le pas de chance, ou le c'est de sa faute. D de Vigan a bordé son sujet en choisissant les jeunes femmes sans abri, donc tout le circuit social est clairement expliqué, du samu social, suivi social, placement en chambres.

 

Et surtout  la violence à laquelle No est quotidiennement exposée, pas uniquement une violence physique, mais également tout ce qu'elle doit accepter pour survivre socialement, pour ne pas perdre son identité, alors qu'elle a déja perdu la plupart de ses repères. Tout çela est vu à travers le regard de Lou, c'est à la fois juste et prenant, à la place de Lou le lecteur ne peut qu'approuver la main tendue par la jeune fille à No.

     

 

Pourtant D de Vigan va aller plus loin, elle va expliquer pourquoi No va éprouver tant de difficultes à s'insérer, alors qu'elle a enfin trouvé un toît chez Lou et sa famille, elle évoquer la perte de repères affectifs et l'alcoolisme de la jeune femme,elle va au dela des représentations sociales et son analyse vaut vraiment la peine d'etre lue.

Ce qui rend ce roman aussi agréable est le personnage de Lou, sa famille et le milieu scolaire dans lequel elle évolue, j'aime beaucoup les passages ou les élèves évoquent leur profs sans démagogie, la naiveté de ce personnage et ses errances, il y a une belle histoire d'amour adolescente, et d'amitié, ça rend l'histoire humaine et profonde. D'autres point sur l'éducation sont abordés, là aussi sans jugements de valeur.

Ma nièce m'a forcé la main pour lire ce roman, car elle l'a étudié en cours l'année dernière (et lu à trois reprises avant de me le prêter) et je ne regrette pas.   C'est vrai que j'avais arbitrairement décidé d'exclure D de Vigan des mes lectures, sans préjugés de ma part vis à vis de cette auteure. Justement, les thématiques de ses romans, bien souvent évoquent des problèmatiques sociales, et pour des raisons personnelles j'évite de lire sur des sujets, qui font partie de mon quotidien professionnelle.

 

Et bien entendu, comme vous le savez tous il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau", la preuve, car personnellement j'aime beaucoup l'angle sous lequel Delphine de Vigan aborde les sujets, assez frontal et tout comme dans Rien ne s'oppose à la nuit, elle ne franchit pas la limite de ce qui relève du personnel, sans jugement et avec un libre arbitre pour son lecteur, et j'aime! Finalement, elle incite à ce positionnement face à ce problème, sommes nous dans l'ignorance, la peur, le doute ou l'écoute? Le principal est de ne jamais renoncer et c'était une lecture motivante.

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T
<br /> j'ai bcp bcp aimé son dernier roman.<br />
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M
<br /> Je ressors toujours émue et remplie d'un roman de Delphine de Vigan. Ses sujets sont toujours forts et sa plume toujours très sensible et juste.<br />
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N
<br /> <br /> Tiens, c'est à force de lire ce que tu en disais que j'ai fini par céder à ma sacro sainte règle, pas de romans en rapport avec le boulot, je pense poursuivre avec Un soir de Décembre, je<br /> pense. <br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Oui, on voit bien que la relation d'aide a ses limites, de ce point de vue on ne peut rien reprocher à ce personnage adolescent qui prend beaucoup de responsabilités. Elle a le mérite de nous<br /> faire réfléchir. <br /> Si je relis un livre de l'auteur, je pense que j'attends qu'elle aille plus au fond des choses, je trouve qu'elle n'arrive pas à toucher vraiment le lecteur. C'est peut-être le cas des autres<br /> romans. En tout cas, quant aux auteurs qui écrivent sur leurs parents, j'ai lu un livre que j'ai trouvé très beau : Questions à mon père d'Eric Fottorino.  <br />
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N
<br /> <br /> Oui, c'est toujours de beau roman lorsque l'on évoque sa famille ou ses parents, je pense forcément à Pagnol. J'ai entendu parler d'Eric Fottorino et de son roman. Pour D de Vigan, tu verras<br /> si tu poursuis avec elle, je ne suis pas sure qu'elle approfondisse réellement dans Rien ne s'oppose à la nuit, c'est juste bien écrit. <br /> <br /> <br /> <br />
K
<br /> le seul que j'aie lu de l'auteur! j'ai bien aimé, et me promets de lire Les heures souterraines (eh non, pas son dernier!)<br />
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N
<br /> <br /> Bon, je vais aussi me motiver pour les Heures Souterraines , j'ai longtemps hésité pour Rien ne s'oppose à la nuit, et<br /> puis finalement beaucoup d'auteurs écrivent sur leur mère ou leur père, et elle écrit plutot pas mal, elle reste sur l'émotion, avec le temps ca changera peut être, et quand le sujet porte<br /> sur les maladies mentales, ca reste plus du témoignage!<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Quelle coïncidence !  J'ai fait un billet cette semaine aussi sur ce livre.<br /> Je viens de découvrir l'auteure. J'ai beaucoup aimé le traitement de ce thème par le point de vue d'une adolescente de 13 ans qui a un regard innocent sur le monde des adultes et qui finalement<br /> essaie de comprendre. Elle donne donc aussi au lecteur des expications de cet échec mais sans jamais être dogmatique ou moralisatrice. <br />
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N
<br /> <br /> Et bien je vais aller lire ton avis. Je trouve aussi que c'est assez fin de prendre le point de vue d'une adolescente, qui tend la main dans le but d'aider l'autre. Mais bon à certains moments,<br /> la relation d'aide ne suffit pas et là aussi elle montre les limites. Ca reste assez honnête et bon sentiment, dans la réalité parfois il faut gérer l'échec et c'est pas évident!<br /> <br /> <br /> <br />